Le Snesup défend le projet d’une formation des enseignants universitaire et professionnelle

… mais avec les modalités actuelles de la formation initiale des enseignants, son architecture et sa mise en place dans des ESPE, sans moyens, on est loin du compte. Ce qu’on a, c’est :

– une formation amputée, qui mène de front dans un temps très court et dans les contraintes imposées par l’employeur préparation au concours, attentes du master, professionnalisation…

– l’utilisation des stagiaires lauréats comme moyens d’enseignement en pleine responsabilité, en mi-service ou en service plein (intégrés aux plafonds d’emplois) pendant leur formation mais sans souci de la formation…

– l’impossibilité, faute de moyens, de répondre aux besoins de formation, contenus et modalités, des lauréats (de plus en plus nombreux) qui, alors qu’ils n’ont aucune expérience préalable de l’enseignement, sont mis directement en responsabilité sur des demi-services ou services pleins

Dans ce contexte, on voit apparaître des tensions fortes – tensions au centre desquelles se trouvent les ESPE à qui on reproche incohérences dans la formation, articulation insuffisante entre contenus d’enseignement et stage, surcharge de travail pour les stagiaires, problèmes d’organisation (pour faire court)…

Les personnels des ESPE, et leurs collègues 1er et 2d degrés intervenant dans la formation, sous-représentés dans leurs conseils d’école sont eux-mêmes mis en difficulté par la réforme et sa mise en place : émiettement de leurs contenus d’enseignement, manque de temps et de moyens pour construire des équipes plurielles, manque de temps et de moyens pour les activités de suivi et d’accompagnement liées à la formation…

La réponse ne peut pas être de former les enseignants par la seule confrontation au terrain, par la reproduction d’un modèle, ou encore par l’ « auto-formation » avec des ressources en ligne – c’est ce qu’on nous incite à faire en ce moment dans les ESPE, pour répondre à la surcharge de travail des stagiaires.

Nous refusons toute réduction de la formation – réduction qui, austérité oblige, se profile encore dans l’élaboration des nouvelles maquettes de master. C’est aussi pourquoi nous pensons qu’augmenter toujours, et le plus tôt possible, le temps de responsabilité et de « terrain », supposé formateur par définition quelles qu’en soient les conditions,  est contraire aux objectifs de la formation. Cela ne permet pas d’assurer la construction progressive de compétences professionnelles et de réflexivité.

Notre cible, c’est une formation initiale ambitieuse et respectueuse de tous les acteurs. Au niveau national, en FSU, c’est évidemment sur les modalités de stage et les conditions d’entrée dans le métier qu’il faut agir, en même temps que sur la formation de formateurs et de tuteurs, pour améliorer la formation (plus progressive, réellement intégrée, vraiment alternante…) et rendre moins brutale l’entrée dans le métier. Cette cible doit être articulée avec la mise en place d’une FC ambitieuse pour laquelle les ESPE – et il faut leur en donner les moyens – doivent être des acteurs majeurs. C’est une autre réforme qu’il faut pour la formation des enseignants.

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